
Maître-voilier, elles trouvent le terme un peu prétentieux, quant à
le décliner au féminin ! Elles sont donc "voilières", un métier choisi
par plaisir, une reconversion pour toutes les deux : la première
s'occupait de comptabilité, la seconde était éducatrice spécialisée.
Aujourd'hui, elles dessinent et fabriquent des voiles de bateau, des
pièces de sellerie, des tauds et des toiles solaires pour les ponts et
les terrasses. S'imposer dans un milieu traditionnellement masculin a
été moins évident qu'elles ne le pensaient : Nous sentions
les clients inquiets, ils ne nous trouvaient pas crédibles, car ni très
épaisses ni très grandes, et ils ne nous imaginaient pas grimper aux
mâts. Au départ, nous y étions sensibles, beaucoup mois maintenant...
Elles se rencontrent chez Solatges, grande voilerie marseillaise
bientôt en vente. En dépit de nos gros problèmes de genoux
(le tribut à payer pour des années passées à travailler par terre) et
notre statut de travailleurs handicapés, le repreneur n'envisageait pas
de plancher surélevé. Nous avons été licenciées pour inaptitude et
avons saisi cette occasion pour sauter le pas
. Les AGEFIPH (assurances pour
travailleurs handicapés) financent un plancher adapté et la société
démarre en février 2005. La première année nous a permis
de nous faire connaître. La seconde, nous avons pu nous payer
correctement et même réaliser un petit bénéfice. Et la troisième
s'annonce bien, avec deux mois de commandes devant nous. Nous avons
même embauché un premier salarié
. Un homme : pour déplacer des
voiles de quarante kilos, c'est encore eux les plus forts !
Contact, juillet/août 2007